VSF #023

On va faire une pause avec la SF universitaire pour revenir vers la bonne vieille Saille-Faille militaire.

La nouvelle du jour, c’est « To Spec » (i.e. « Selon Les Spécifs », probablement dans le sens de « À La Perfection »), de Charles E. Gannon, publiée chez Baen en 2013.

L’histoire se passe au large de Mars, dans un futur à moyen terme (vers 2080). Des soldats discutent dans un module de surveillance co-orbitant un chantier spatial ultra-secret. On leur annonce une poussée de fièvre solaire : les radiations grimpent, les instruments tombent en panne, le sergent se retrouve seul aux commandes, et tout va de mal en pis, mon général !
Un récit en trois actes dont j’ai apprécié le contexte Clarkien (les discussions du départ évoquent celles de la nouvelle « Earthlight », par exemple), le délire récurrent sur « le nouveau flingue » (…on est pas très loin d’une certaine scène du « Flic de Beverly Hills » avec un lance-roquettes), les points de détails et les références techniques (combat 0g, MMU), et même la scène finale qui renoue avec un optimisme globaliste d’une autre époque (…une naïveté géopolitique héritée de la Seconde Guerre Mondiale qui, en 2022, ne semble plus vraiment de mise : encore une fois, complètement Clarkien)

Le héros, Grim, un sergent au long cours, s’avère fort sympathique. Ce n’est pas un génie, il n’est au courant de rien, il lui manque son matériel préféré, mais il improvise, et fait son boulot du mieux qu’il peut.

J’ai trouvé une interview de l’auteur datant de 2009 où il revient sur « To Spec » (entre autres, à l’occasion de sa parution dans une anthologie de SF militaire intitulée « So It Begins »). On y apprend pas mal de choses sur la genèse du texte, et sa situation dans un univers plus étendu. C’est toujours fascinant d’écouter les artistes causer de leur processus créatif, alors si ça vous tente, ne vous privez pas…

Notez que Gannon a été nominé plusieurs fois au prix Nebula pour ses romans « Fire With Fire » (en 2014) et « Trial By Fire » (en 2015), qui racontent les débuts de l’essor galactique de l’humanité du point de vue d’un agent secret.

« To Spec », une nouvelle de Charles E. Gannon publiée gratuitement chez Baen en 2013.

Note technique : il semble que le lien vers la nouvelle ne fonctionne qu’une fois sur deux (?!), le reste du temps il vous renvoie vers la table des matières du bouquin. Cliquez donc sur le 4 dans le menu à gauche (si jamais vous n’êtes pas arrivé directement sur le texte), cela devrait régler le souci. Et bonne lecture ! 😀

VSF #022

Allez, on repart dans la SF plus traditionnelle mais qui a marqué son temps, avec « The Crystal Spheres », de David Brin, un auteur américain que je ne vous présente pas car nous l’avons déjà croisé dans un numéro précédent de VSF (VSF #002 : « The Giving Plague »).

Synopsis : Dans un futur lointain, des humains sont envoyés dans un système stellaire unique en son genre. Leur but ? Découvrir la place de l’Humanité au sein d’un Univers complètement cloisonné.

Ce texte a remporté le prix Hugo de l’Histoire Courte en 1985. Il est disponible en lecture gratuite sur le site de l’auteur depuis… facilement une vingtaine d’années, mais cela ne veut pas dire qu’il soit lu pour autant ! Courant 2018, Lightspeed Magazine a eu la bonne idée de le publier à nouveau. Une heureuse initiative. Car ce récit se déguste comme un bon épisode de Star Trek, ou Stargate. Vous savez ce que je veux dire : ces épisodes où le danger est plus abstrait, presque cérébral, mais les implications et les spéculations vous tiennent pourtant en haleine jusqu’à la fin…
Dit de façon plus directe : c’est une variation sur le thème du Paradoxe de Fermi partant d’une idée bizarre, et racontée de façon convaincante par un type plutôt branché SF réaliste.
Le résultat ? Plaisant, évidemment.

The Crystal Spheres, de David Brin, une nouvelle ré-éditée en mai 2018 chez Lightspeed Magazine, que nous remercions au passage.

Post-scriptum : J’ajouterai qu’après avoir relu récemment « L’Espace de la Révélation » d’Alastair Reynolds, je vois une sorte de parenté thématique diffuse. Bien sûr, dans le cas de Reynolds, tout est traité de façon gothique, stressante, conflictuelle, alors que le ton de Brin, par contraste, respire l’optimisme, et un humanisme bienveillant. Une positivité à laquelle il fait parfois bon se rafraîchir, en ces temps incertains…

VSF #021

Contrairement au dernier VSF qui approchait le sujet de façon détournée, le récit du jour est un traitement direct, frontal même, du thème des technosignatures.

Là où Benford, dans Bow Shock, se plaçait dans un contexte galactique confortable (i.e. distances astronomiques), l’auteur du jour, Carrie Vaughn, n’hésite pas à ramener le problème directement dans notre système.

Synopsis : Une astronome découvre un artefact dans la Ceinture d’Astéroïdes… dans l’indifférence générale.

The Best We Can, de Carrie Vaughn, à écouter ou lire chez Escape Pod (avec la petite musique rock habituelle qui met bien dans l’ambiance) ou à lire chez Tor.

Ce texte pessimiste sonne tellement juste, si tristement réel, que je me devais de l’inclure dans le corpus de VSF, a fortiori après Bow Shock dont il est en quelque sorte l’antithèse : thème, longueur, profondeur, chute, etc. J’ai bien aimé l’écouter chez Escape Pod, et le relire chez Tor. C’est plutôt signe que la qualité est au rendez-vous. Et pourtant…
Pourtant il y a des détails qui me chiffonnent. Ce n’est pas vraiment de l’ordre de l’écriture, mais plus au niveau du scénario. Plusieurs angles d’attaque restent inexploités, et c’est dommage. Bon, il faut dire que j’ai des idées bien précises sur ces questions de heu… technosignatures, et que cela m’agace lorsque je vois le sujet traité de façon partielle (voire partiale).
Un autre souci de ce texte, c’est ce ton plaintif, totalement égocentrique, en déséquilibre avec une découverte qui devrait malgré tout être enthousiasmante. Mais là encore, c’est tellement le symptôme d’une époque qu’on ne peut que saluer la pertinence de ce choix narratif. L’Art imite la Vie. La Forme au service du Fond. Etc.

La nouvelle s’achève sur une note d’espoir un peu artificielle, probablement une référence au projet Breakthrough Starshot. Vous noterez cependant que les mots finaux ne sont pas « …the best we can do. », mais « For now. »
Comme si Carrie Vaughn elle-même avait perçu toute la violence, le désespoir de son texte. Et que dans un dernier geste de regret, elle avait voulu adoucir le constat.