Concepts #009

Le concept du jour, c’est le vieillissement des machines électroniques, avec un article court de Hackaday, qui renvoie à un autre, beaucoup plus détaillé, de Ars Technica.
La Super NES, c’est LA console des années 90 (j’aurais pu écrire ça de la Mégadrive, de la GameBoy ou de la Playstation et ce serait tout aussi vrai 😎 ). Tellement de bons jeux (Street Figher, Zelda) et de surprises techniques (la 3D de F-Zero ou celle, polygonale, de Starfox).

Licence CC3.0 par JCD1981NL (wikipédia)

La Super Nintendo dans son design européen. Licence CC3.0 par JCD1981NL (wikipédia)

Hé bien il se trouve que des passionnés continuent de jouer sur ce vieux matos en 2025, et qu’ils ont noté… une accélération de certains paramètres physiques au cours du temps. Je ne rentrerai pas dans les détails, mais on découvre pas mal de choses, notamment que la super NES n’utilise pas des horloges à quartz comme tous les appareils actuels, mais leur version céramique, et que les speedrunners (il n’y a pas un mot français ?) sont des gens pointus : ils mettent au point des logiciels spéciaux pour jouer à leur place, automatiquement, de façon consistante et reproductible, afin de profiler les performances de leurs machines, et font donc des trouvailles intéressantes.
« La seule différence entre le bidouillage et la Science, c’est qu’on prend des notes ! » comme aime tant le répéter Adam Savage. (en V.O. : « The only difference between screwing around and science is writing it down ! ») Et ça c’était la petite référence Mythbusters qui fait plaisir !
La culture du jeu vidéo AAA moderne est un désastre à tous points de vue : culturel, technique, social, tout est en ruines, comme en témoignent les récents déboires rencontrés par Ubisoft qui a littéralement provoqué un incident diplomatique avec le Japon juste pour faire plus de pognon (…et obéir aux consignes de l’Agenda, Durandal confirme !). C’est pourquoi il est bon, parfois, de revenir aux fondamentaux, l’époque bénie où les jeux étaient amusants, nouveaux, et bien conçus (…majoritairement 😉 ). Et où le pouvoir du pognon, bien que toujours présent, n’avait pas encore systématiquement détruit tout ce qui est bon en ce bas-monde.

Je précise quand même, par souci d’exactitude, que les problèmes ne concernent que les grands studios (les boites « sans âme »). Le monde du jeu vidéo est (heureusement) bien plus vaste que ça et l’existence de nombreux petits studios indépendants permet encore au genre de briller, de temps en temps, en terme de créa et de ludicité.

Voilà c’est tout pour ce numéro. Ah si, quand même : si vous avez la chance d’avoir une SNES chez vous, rallumez-là un de ces jours pour faire une bonne partie. Ce sera aussi bien qu’au bon vieux temps, quoique probablement un poil plus rapide. Trois fois rien… Quelques Hertz !

Concepts #008

Le concept du jour, c’est le « ramasse-miettes invisible », une notion informatique aux implications inquiétantes.

Anecdote amusante récemment dénichée sur Reddit : sur son blog, Raymond Chen (ingénieur chez Microsoft) réfléchit au concept de « fuite mémoire ». Et notamment à sa solution moderne : le ramasse-miettes (i.e. garbage collector en anglais, que l’on pourrait traduire par « éboueur » ou « ramasse-poubelles »). Le ramasse-miettes, donc, est un programme résident qui récupère les zones mémorielles inutilisées, perdues ou carrément abandonnées par des applications mal conçues, et qui les restitue au système. C’est du recyclage. Chen affirme que dans certains cas de figure, le « ramasse-miettes invisible » (the null garbage collector, que l’on pourrait traduire directement en « ramasse-miettes inexistant ») est le meilleur qui soit. Sous-entendant que parfois, on dispose de tant de mémoire qu’on ne pourra jamais l’épuiser avant d’atteindre la dernière instruction du programme.

Et c’est là que ça devient vraiment intéressant, car il cite une vieille conversation sur un forum usenet datant de 1996 (rien que ça) ! Un court échange entre deux codeurs, Norman Cohen et Kent Mitchell, qui se déroule comme suit (je traduis) :

Norman Cohen :
Les seuls programmes que je connaisse avec des fuites de mémoire délibérées sont ceux dont l’exécution est suffisamment courte, et dont les machines-cibles possèdent tellement d’espace mémoire, que manquer de place n’est même pas envisageable. Cette catégorie de programmes inclut de nombreux exercices pour étudiants, ainsi que de petites applications et des utilitaires. Il n’englobe que peu d’applications embarquées ou d’importance vitale -voire aucune.

Kent Mitchell : Cela m’évoque un souvenir intéressant. Il fut un temps je travaillais pour un client développant le logiciel embarqué d’un missile. En analysant le code, j’ai remarqué qu’ils avaient un certain nombre de problèmes en terme de fuites-mémoire. Imaginez ma surprise lorsque l’ingénieur en chef s’est exclamé : « Bien sûr que ça fuit ! » Il précisa qu’ils avaient calculé la mémoire perdue durant le temps de vol maximal du missile, puis doublé cette valeur. Et qu’ils avaient alors ajouté cette quantité de mémoire matérielle au système pour qu’il tolère les fuites. Le missile explosant quand il atteignait sa cible, ou qu’il dépassait son temps de vol, le ramasse-miettes invisible faisait ainsi son boulot sans la moindre ligne de programmation.

Au-delà de l’éclat de rire (2.0), on est en droit de se poser des questions vraiment graves, du genre : « Si ce niveau de bricolage suffisait pour les missiles américains durant les années 90, alors aujourd’hui, en 2023, avec le naufrage de l’éducation supérieure et l’ignoble pression du marché, quelle genre d’aberrations logicielles pilotent nos armes ? Peut-on raisonnablement confier la défense de vies humaines à des empilements instables de morceaux de code copiés/collés par un stagiaire depuis un vieux commentaire Stackoverflow ? Pire : comment se fier à des réseaux de neurones opaques dont (indépendamment du facteur apprentissage, qui pose de sérieux soucis) l’implémentation-même est sujette à caution ? »

Pour rappel, de simples calculs de nombres en virgule flottante (float) posent déjà des problèmes de précision dans tout un tas de situations concrètes… (et si vous cherchez bien vous en trouverez des exemples sur Shadertoy !)

Cette interrogation sur la qualité des logiciels militaires contemporains est aussi passionnante que sinistre. Doit-on privilégier la simplicité (ramasse-miettes invisible) ou la complexité (ramasse-miettes réel) ? Mais le ramasse-miettes lui-même, n’est-il pas clairement une forme de renoncement philosophique, une admission tacite que le codeur n’a qu’une maîtrise fort relative de ce qu’il a créé, et que l’on accepte cette fatalité ? Ou alors s’agit-il d’un garde-fou nécessaire, vital même, qui nous rappelle que quels que soient nos objectifs, l’imprévu reste la règle ?

Non, je n’ai pas de réponse.
Et oui, c’est sur cette haute falaise battue par les vents, cher lecteur, que je vous abandonnerai à la méditation… et aux philosophes !
*cris stridents menaçants qui se rapprochent*
*se sauvant à toutes jambes dans la direction opposée* « Bonne prise de tête ! »

Concepts #007

Le concept du jour relève encore de l’astronomie —de la radioastronomie, pour être précis. Il s’agit des « sources radio à longue période ».

La radioastronomie est un domaine d’étude (relativement) récent et complètement fascinant : en proposant d’observer les astres non plus dans le spectre du visible, mais au niveau de leurs émissions radios, elle ajoute un niveau de lecture à tout l’Univers. Il devient possible de différencier des objets qui, bien que visuellement similaires, possèdent des signatures électromagnétiques distinctes. Ou même de détecter des phénomènes encore inconnus.
La radioastronomie, c’est également des sites et des observatoires spectaculaires. Nous avons tous en tête le fameux VLA (Very Large Array) aux USA, cette voie ferrée en Y qui permet à des antennes gigantesques de se déplacer pour « configurer » le récepteur. On l’aperçoit sur l’affiche du film « Contact » (adaptation du roman SF de Carl Sagan), ou même au cours de cette scène de négociation diplomatique amusante dans « 2010, l’année du premier contact », quand l’américain Heywood Floyd (Roy Scheider) doit marchander avec l’ambassadeur russe (Dana Elcar).

L’astéroïde 2015TB145 (env. 600 mètres de diamètre) « photographié » au radar par Arecibo courant 2015, alors qu’il se baladait à 35km/s à une distance un peu supérieure à celle de la Lune…

On se souvient également de Arecibo, la grande oreille de Porto Rico, qui a été utilisée pour des motifs aussi variés que l’imagerie radar d’astéroïdes, ou pour envoyer un message SETI vers l’Amas d’Hercule… La machine s’est d’ailleurs récemment effondrée, vaincue par la corrosion (et la décadence de notre civilisation). Pendant ce temps, de l’autre côté de la planète, les chinois disposent d’un modèle du même genre (« réflecteur suspendu »), flambant neuf et plus gigantesque encore, le FAST.

Les plus passionnés sauront que longtemps, à Nançay, la France a disposé d’un appareil relativement impressionnant. Au cours des ans, les chercheurs ont agrandi puis modernisé ce site historique, et déployé des observatoires supplémentaires dans plusieurs endroits des Alpes. Ils y poursuivent actuellement leurs célestes investigations.

Le superbe observatoire NOEMA (Northern Extended Millimeter Array), de l’Institut de RadioAstronomie Millimétrique (IRAM), sur son perchoir du plateau de Bure (Hautes-Alpes) — Copyright IRAM

Bref, la radioastronomie, c’est d’abord une histoire d’antennes, de cornets, de miroirs et autres réflecteurs, souvent de taille impressionnante. Des capteurs, donc, à l’écoute du chant électromagnétique de l’Univers. Je ne vais pas refaire l’histoire de cette science, mais disons qu’un tas de choses curieuses (et cruciales) ont été découvertes en scrutant les signaux radios venus d’en haut… à commencer par, oui rien que ça : le Fond Diffus Cosmologique !
Il existe un véritable bestiaire spatial dans le spectre radio : des émetteurs naturels que nous répertorions depuis des dizaines d’années. Outre le Soleil et Jupiter, qui sont les plus évidents car les plus proches, il y a aussi tout un tas de sources lointaines, dont les plus célèbres sont les fameux pulsars, des étoiles en rotation rapide qui émettent un puissant faisceau radio à travers l’espace, tel un phare côtier détectable à travers toute la galaxie ! Mais on trouve aussi des centres galactiques actifs qui rayonnent bizarrement, des étoiles prises de soudaines bouffées de chaleur, des radiogalaxies, des quasars, et j’en passe… La plupart de ces objets se caractérisent par un type de signal, souvent répétitif, et dont la période (…la durée d’une oscillation élémentaire) se compte en fractions de seconde.
Un pulsar, par exemple, peut clignoter sur une fréquence allant de quelques hertz à plusieurs centaines de hertz. Ce qui signifie :
1) que l’étoile tourne sur elle-même à cette vitesse (!)
2) qu’on peut écouter le son d’un pulsar de façon triviale, en balançant directement son signal radio sur un bête haut-parleur ! Je vous invite d’ailleurs à écouter ces sons sur Youtube, il y a un paquet de sources enregistrées, elles ont toutes un côté « vieux synthés analogique des années 60 », « concert expérimental Pink Floyd », c’est honnêtement assez amusant, et ne manquera pas d’inspirer nos amis compositeurs (…Vangelis ne les a d’ailleurs pas attendus).

Bref, tout ça pour dire que vu l’abondance de sources radio à hautes fréquences (« rapides »), et la faible durée des tranches d’observation allouées (les radiotélescopes sont des instruments très demandés…) les astronomes n’ont pas toujours une bonne idée du paysage radio quand on écoute sur une longue période (c-a-d les changements de « luminosité radio » qui s’étalent sur des jours, des semaines, des mois, voire des années)
C’est tout l’intérêt de ce nouvel article proposé par Éric Simon, qui rapporte la découverte de « signaux de longue période » (…18,18 minutes !). J’ai choisi d’aborder ce sujet précis parce que toutes ces idées, concepts, échelles de temps, et autres grandeurs caractéristiques, sont en rapport direct avec la thématique d’un autre post à venir sur baselunaire.fr.
Disons pour employer une référence culinaire, que ce numéro #007 de Concepts est une sorte d’apéritif avant un repas qui s’annonce excellent (…vendredi prochain, donc, si vous saisissez l’allusion)
Merci encore une fois à Éric Simon pour tous ces articles truffés de notions complexes, d’un niveau de technicité parfois tout juste tolérable, et donc rigoureusement nécessaires à notre évolution sur le long terme. C’est en effet en lisant des choses plus grandes que soi, distrayantes mais exigeantes, que l’on progresse vers le stade suivant.
Ceci est valable pour la science, les shaders… ou la SF ! 😀

Observation d’une source radio transitoire de période très inhabituelle, un article de Éric Simon sur https://www.ca-se-passe-la-haut.fr