VSF #032

Le texte du jour s’intitule Glory, il s’agit d’une nouvelle d’archéologie galactique de Greg Egan.

Peut-être connaissez-vous déjà cet auteur australien, mais pour ceux qui l’ignoreraient encore, Egan est un sérieux candidat au titre de « Meilleur Auteur De SF Dure De Tous Les Temps ». Non, je ne dis pas cela à la légère, d’autant que je suis un très grand fan de Clarke ou d’Asimov ! Mais là, on parle quand même d’une pointure qui a enchainé les classiques durant toutes les années 90 : « Distress » (VF « L’Énigme De L’Univers »), « Permutation City » (VF « La Cité Des Permutants »), « Diaspora », « Schild’s Ladder », et bien d’autres encore. Il a aussi écrit une profusion d’histoires courtes souvent géniales, parfois même à suivre (ex de diptyque excellent : « Luminous »(1995) -VF « Radieux »– et « Dark Integers »(2007) -VF « Les Entiers Sombres »).

Mais qu’a-t-il de particulier, ce Greg Egan ? Hé bien figurez-vous qu’il met la science au cœur de l’intrigue avec une redoutable efficacité. En plus de cela, il explore des concepts vraiment perchés issus de certains domaines scientifiques pointus, avec un attrait particulier pour les maths. Autrement dit, il écrit de la SF dure par pure passion, parce que la science est truffée d’idées folles, qu’elle est une source inépuisable de curiosités.

Et Glory, dans ce domaine, ne déçoit pas. L’histoire commence d’une façon surprenante, par de la physique nucléaire appliquée et une minutieuse opération de photolithographie à l’échelle… d’une étoile ! Vous êtes déjà largués ? Mais on n’en est encore qu’à l’intro, mon bon monsieur ! Et déjà Egan nous propulse plus loin et plus vite que quiconque avant lui ! Vous la sentez, l’accélération relativiste qui vous brûle les cheveux et vous tire sur l’estomac ? 😀

Que raconte Glory, donc, quand ça ne cause pas nanostructures et antiprotons ? Hé bien tout se déroule dans un lointain futur. Les humains ont intégré une vaste culture galactique pacifique, tolérante et non-violente, plutôt tournée vers le bon vivre et la connaissance : l’Amalgame. Tout le monde, humains ou extraterrestres, est désormais un genre de logiciel, mais les individus peuvent continuer à vivre dans des corps biologiques, par habitude ou par goût. Sur une planète arriérée (i.e. encore non contactée), l’Amalgame découvre les vestiges d’une civilisation ayant mené des recherches mathématiques sur une très longue période. Plusieurs MILLIONS d’années ! Malheureusement, ces sites archéologiques recelant de précieuses trouvailles formelles sont peu à peu détruits par l’essor d’une race plus récente. L’Amalgame envoie donc deux agents sur place, afin de sauver ce qui peut l’être. Mais rien ne va se passer comme prévu car si les mathématiciens disparus ont des secrets, les nouveaux arrivés possèdent leur propre dynamique. Et la supériorité technique -écrasante- de l’Amalgame est un point en sa faveur, mais pas une garantie de réussite…

Bonne lecture !

Glory, une nouvelle de Greg Egan parue dans The New Space Opera chez HarperCollins en 2007…

Addendum : pour les fans purs et durs, Glory fait partie d’un cycle de trois nouvelles, Riding the Crocodile (2005, dispo gratuitement en ligne), Glory (2007), et Hot Rock (2009), qui se passent dans l’univers de l’Amalgame. Il y a même un roman : Incandescence (2008), qui reprend ce décors. Les lecteurs attentifs remarqueront que l’Amalgame pourrait facilement constituer un futur plausible des « polis » décrites dans « Diaspora », et que « Diaspora » lui-même, sans trop d’efforts d’imagination, peut être vu comme un avenir probable de « La Cité Des Permutants ». Il y a là une intéressante progression d’échelle et de thématique dans la carrière de l’auteur, mais c’est une analyse pour un autre jour (…ainsi qu’un épisode CSF sur « Diaspora », depuis le temps que je veux le faire ! 🙂 )

VSF #031

Aujourd’hui, une courte nouvelle parue dans Nature, « Blood Will Tell », de Tom Easton et Jack McDevitt.

Le texte est bref, mais évoque une idée passionnante sur le vieillissement et son éventuel contrôle. Je l’apprécie d’autant plus que techniquement parlant (si l’on fait abstraction du voyage temporel) il pourrait bien tenir la route. Bien sûr, le monde actuel étant ce qu’il est, je ne doute pas que cette technologie médicale soit déjà utilisée quelque part… L’annexe indique que des tests étaient en cours dès 2016. Il est probable que la recherche du principe actif du plasma a fini par aboutir à des résultats concrets.

Alors je vous dirais bien de surveiller certains hommes politiques à la télé pour suivre de près leur décrépitude (ou plutôt son absence suspecte…). Mais vu l’abjecte corruption de l’appareil médiatique (coucheries/mariages, subventions étatiques, rachat par des milliardaires, et j’en passe…), et vu l’usage possible de « sosies » (réels ou numériques), la tâche s’avère désormais rigoureusement impossible. Il ne nous reste plus qu’à croire à la télé, Agent Mulder, et à nous étonner de la vigueur de certains hommes d’états « qui ne font vraiment pas leur âge ! Quelle santé, n’est-ce pas ? Hé oui, mon bon monsieur : la politique, ça conserve ! »

« Blood Will Tell », un texte de Tom Easton et Jack McDevitt sur la longévité publié en 2016 dans Nature

…eeeeeeet son autopsie par Tom Easton lui-même, sur le blog Future Conditional.

Bonne lecture et à bientôt ! 😀

VSF #030

Jack McDevitt est un écrivain américain que certains connaissent peut-être déjà, car il a été publié en France plusieurs fois au cours des 30 dernières années. Sans être vraiment orienté « hard science », il a ses bons moments. Vingt ans après, je garde un excellent souvenir des Machines De Dieu et de sa suite, Deep Six, publiés sous forme de gros pavés chez L’Atalante (avec de belles illus intrigantes par l’incontournable Manchu). Beaucoup de suspens, de l’archéologie dans des systèmes stellaires éloignés, une menace galactique ? Il n’en faut pas plus aux amateurs de SF ! J’ai par contre de grosses réserves sur l’intérêt du roman « Seeker » (autrement que pour stabiliser une table de chevet très bancale). Acheté et lu récemment au format poche, j’y ai retrouvé le thème archéologique, mais développé d’une façon si linéaire (et avec des enjeux si limités) que ça en devenait insipide. Comment un tel roman a-t-il pu remporter le prix Nebula en 2007 ? Mystères et boules de gomme !

Rassurez-vous, le texte d’aujourd’hui fait partie des « bons » dans l’oeuvre de McDevitt. Il nous raconte l’histoire d’une I.A. que l’on envoie aux confins du système solaire pour résoudre la disparition d’un autre programme intelligent plus perfectionné. Dans ce futur, la conquête spatiale est presque intégralement passée entre les mains du « Successeur de pierre » (…pour reprendre l’expression géniale de JM Truong). Les humains se désintéressent lentement du sujet. Et même pour nos intrépides machines, cette époque d’exploration menace de s’achever.

Je vous présente donc Lucy, une nouvelle de Jack McDevitt qui, par le biais d’intelligences artificielles, évoque un problème très réel : l’idée que la conquête de l’espace pourrait n’être qu’une simple péripétie historique, une passade, un moment qui s’est envolé. Alors oui, je sais, c’est aberrant d’écrire un truc pareil alors que le vaisseau Orion est en route vers la Lune… Mais l’Histoire (avec un grand H) est remplie de retournements de situation qui, rétrospectivement, paraissent invraisemblables. Elon Musk -par exemple- ne sera pas éternel, surtout s’il persiste à se créer des ennemis hauts-placés en exposant aux yeux de tous les manigances de nos élites « bienveillantes » ( /s ). Et si vous comptez sur la NASA (…ou pire, l’ESA) pour fabriquer des fusées lunaires à un tarif avantageux (i.e. moins d’1 milliard le pétard), autant dire que vous vous bercez de douces illusions.
J’attends donc, sans impatience, sans anticipation, et sans triomphalisme prématuré, l’empreinte des premières boots d’Artemis sur le sol lunaire… et vous laisse à la lecture de ce récit plutôt sympathique, qui nous emmène encore une fois loin, très loin, dans les contrées obscures aux limites de notre système.

Bon voyage…

Lucy, un texte de Jack McDevitt publié en 2012 chez Baen Books.